• Menu
  • Menu
passage-couvert-paris

Les passages couverts de Paris

Une autre Paris, à l’abri du temps

Il suffit de pousser une porte discrète, quelque part entre la rue Vivienne et le Palais-Royal, pour que Paris change soudainement de visage. Fini le bruit des voitures, la foule des trottoirs, le gris des façades haussmanniennes. Vous entrez dans un autre siècle, sous une verrière zébrée de lumière, entre des boutiques aux devantures en bois verni et des sols en mosaïque qui craquent sous vos pas.

Les passages couverts de Paris sont l’un des secrets les mieux gardés de la capitale. Nés au tournant du XIXe siècle, avant que les grands magasins et le baron Haussmann ne transforment radicalement la ville, ils ont traversé deux cents ans d’histoire sans perdre leur âme. Aujourd’hui, il en reste une vingtaine sur la rive droite, concentrés dans les 1er, 2e et 9e arrondissements, chacun avec sa personnalité, son atmosphère, ses commerces improbables.

Ni musées ni monuments, ils n’apparaissent pas en tête de liste des incontournables. C’est précisément ce qui en fait des destinations à part. Voici votre guide pour les découvrir autrement.

Une invention née du commerce et de la pluie

L’histoire des passages couverts commence avec un problème très parisien : la boue. Au début du XIXe siècle, Paris est une ville sans trottoirs digne de ce nom. Les rues sont étroites, sales, dangereuses pour les piétons que les voitures et les chevaux éclaboussent à tout moment. Les commerçants du centre cherchent à attirer une clientèle aisée, mais celle-ci répugne à traverser ce chaos.

La solution : créer des galeries privées, couvertes de verre et de métal, reliant deux rues parallèles. À l’intérieur, des boutiques élégantes, des cafés, des cabinets de lecture, des bains publics. Les passages deviennent instantanément les endroits à la mode où il fait bon flâner, faire ses achats et se montrer, quel que soit le temps.

Entre 1800 et 1850, plus de 150 passages sont construits à Paris. Ils constituent les premiers espaces commerciaux couverts de l’histoire, ancêtres directs de nos centres commerciaux. Mais là où ces derniers misent sur la standardisation, les passages étaient le règne du sur-mesure, de l’artisanat et de l’originalité.

Les passages incontournables

Le Galerie Vivienne : le plus majestueux

Inaugurée en 1826, la galerie Vivienne est sans doute la plus belle des galeries parisiennes encore en activité. Son sol en mosaïque, ses moulures en stuc, ses sphinx et ses cornes d’abondance sculptées en font un chef-d’oeuvre de l’architecture Restauration. Classée monument historique depuis 1974, elle abrite aujourd’hui des galeries d’art, une librairie ancienne, des créateurs de mode et un salon de thé où s’attarder à la mi-journée.

À ne pas manquer : la librairie Jousseaume, fondée en 1826, qui vend encore des livres anciens dans son décor d’origine. L’une des plus vieilles librairies de Paris.

Le Passage des Panoramas : le plus ancien

Ouvert en 1800, le passage des Panoramas est le plus vieux passage couvert de Paris encore ouvert au public. Il tient son nom des rotondas qui se trouvaient à son entrée, où des panoramas peints représentant des villes du monde entier attiraient les foules parisiennes. Aujourd’hui, il est connu pour ses marchands de timbres et de cartes postales anciennes, ses restaurants et sa galerie de portraits gravés.

C’est ici que furent installées les premières enseignes lumineuses au gaz de Paris, en 1817. Se promener dans ses couloirs ramifiés, c’est traverser deux siècles de commerce parisien d’un seul coup.

Le Passage Jouffroy : le plus vivant

Construit en 1847, le passage Jouffroy est le premier passage de Paris à avoir été chauffé, ce qui lui valut un succès immédiat. Il relie le boulevard Montmartre à la rue de la Grange-Batelière et abrite aujourd’hui une collection de boutiques inclassables : vendeurs de cannes anciennes, marchands de jouets d’époque, librairies spécialisées, hôtel du XIXe siècle. C’est l’un des passages les plus animés, le plus ancré dans la vie de quartier.

Conseil : terminez votre visite au salon de thé Au Bonheur des Dames, dont le décor n’a pratiquement pas changé depuis cent ans.

Le Passage Verdeau : le plus secret

Dans le prolongement du passage Jouffroy, séparé par la rue de la Grange-Batelière, le passage Verdeau est le moins fréquenté des grands passages. C’est aussi l’un des plus attachants. Ses boutiques de photographies anciennes, de cartes postales, d’objets Art Déco et de bandes dessinées rares en font un paradis pour les chineurs. La lumière y est douce, l’atmosphère presque mélancolique. On y passe facilement une heure.

La Galerie Colbert : la plus spectaculaire

Voisine de la galerie Vivienne avec laquelle elle communique, la galerie Colbert appartient aujourd’hui à la Bibliothèque nationale de France. Sa rotonde centrale à colonnes, surmontée d’une coupole vitrée, est l’une des plus belles architectures couvertes de Paris. Régulièrement utilisée pour des expositions et des événements culturels, elle reste ouverte au public la plupart du temps, même si ses boutiques ont laissé place aux bureaux de la BnF.

Comment organiser votre visite

La bonne nouvelle, c’est que tous ces passages sont regroupés dans un périmètre très restreint, entre le Palais-Royal, les Grands Boulevards et le quartier de l’Opéra. Une promenade à pied de deux à trois heures suffit pour les relier tous.

Itinéraire suggéré : Partez du Palais-Royal, rejoignez la galerie Vivienne puis la galerie Colbert (entrée rue Vivienne). Remontez vers les Grands Boulevards pour le passage des Panoramas, puis enchaînez avec le passage Jouffroy et le passage Verdeau juste en face.

Les passages sont ouverts en semaine de 7h à 21h environ, et le week-end jusqu’à 20h. Certaines boutiques sont fermées le lundi ou le dimanche. Évitez les heures du déjeuner si vous souhaitez photographier les lieux sans monde.

En termes de météo, les passages sont évidemment parfaits par temps de pluie, mais ils sont encore plus beaux un matin d’hiver quand la lumière filtre à travers les verrières embués et que les boutiques commencent à peine à ouvrir.

Ce qu’on y trouve aujourd’hui

La grande originalité des passages couverts, c’est de résister à l’uniformisation commerciale. On n’y trouve pas de chaînes, pas de fast-food, pas d’enseignes internationales. Ce sont des micro-univers peuplés de spécialistes : le marchand de timbres qui connaît chaque émission philatélique depuis 1880, le libraire qui peut retrouver n’importe quel ouvrage épuisé depuis 1950, le créateur de chapeaux qui travaille sur-mesure depuis son atelier minuscule.

Ces passages accueillent aussi une scène gastronomique singulière, loin du tourisme de masse. On y mange très bien pour un prix raisonnable, dans des restaurants qui misent sur la régularité plutôt que sur l’effet. Quelques adresses ont traversé plusieurs décennies sans changer leur carte.

Une parenthèse hors du temps

Les passages couverts de Paris ne ressemblent à rien d’autre. Ils n’ont pas la grandeur intimidante du Louvre ni l’effervescence de Montmartre. Ils offrent quelque chose de plus rare : la sensation de traverser le temps sans effort, de croiser deux siècles d’histoire urbaine dans un même couloir de cinquante mètres.

Dans une ville où l’espace public est souvent saturé, ils constituent des refuges étonnamment calmes, des endroits où flâner sans destination précise, où entrer dans une boutique sans avoir prévu de rien acheter, et d’en ressortir avec un livre introuvable ou un objet sans nom qu’on ne savait pas chercher.

La prochaine fois que Paris vous semble trop grande, trop bruyante, trop connue : poussez l’une de ces portes. Le XIXe siècle vous attend, à quelques mètres du trottoir.